Pourquoi se préoccuper du paysage ?

 

Le paysage fait l'objet, depuis quelques années, d'une attention tous les jours grandissante. Récemment, des lois ont même consacré, à travers des mesures de protection et de gestion du paysage, l'intérêt que la société porte à celui-là. Mais le paysage représente t'il la même chose pour chacun d'entre nous ?

 

Le Paysage : des définitions qui évoluent

 

De la toile de peintre qu'il désignait à l'origine, le paysage a fait l'objet, au fil de l'histoire, de bien des définitions. Depuis l'apparition du mot dans le vocabulaire, jusqu'à nos jours, de nombreuses propositions ont été émises pour définir le terme. En voici quelques-unes :

 

Le paysage "artistique"

(le paysage est la traduction picturale et artistique du regard porté sur un territoire)

"Aspect d'un pays, territoire  qui s'étend jusqu'où la vue peut porter. Les bois, les collines, les rivières sont les beaux paysages". (Antoine FURETIERE 1690, Dictionnaire Universel).

 

Le paysage "évolutif" d'un historien ruraliste

"La création de la campagne, c'est l'œuvre humaine accomplie dans la continuité de toutes ces générations…qui réalise la conquête du sol et l'adaptation de la terre aux besoins et aux volontés de l'homme". (Gaston ROUPNEL 1932, Histoire de la campagne française).

 

Le paysage "subjectif" qui s'oppose à l'environnement

"C'est l'expression sensible de la relation d'un sujet, individuel ou collectif, à l'espace de la nature. Le paysage est toujours quelque peu affaire de sensibilité, tandis que l'environnement peut incontestablement être institué en objet par les sciences positives". (Augustin BERQUE 1986, Professeur de géographie culturelle).

 

Le paysage "dynamique" d'un paysagiste

"L'ensemble des phénomènes visibles, routes, villes, campagnes, châteaux, …est  le "produit", le résultat de l'activité quotidienne de différents acteurs : l'Etat, les départements, les communes, les particuliers". (Alexandre CHEMETOFF 1990, Paysagiste).

 

Toutes ces définitions de nature différente, contiennent en elles les principaux éléments du débat sur le mot "paysage". Chacun d'entre nous, en fonction de nos connaissances, de nos centres d'intérêts, de notre histoire, ... en dressons une définition propre.

 

Il est possible de résumer en décortiquant le terme suivant la logique d'un grammairien : "paysage" est un nom et toute la question est de savoir si ce nom contient en lui-même un adjectif qualificatif ou pas.

S'il n'en contient pas, le paysage peut être décrit en termes objectifs qu'un qualificatif précis pourra adapter à la sensibilité de chaque observateur.

Si le qualificatif est déjà sous-entendu dans le nom, le paysage prend alors une forme subjective variant d'un individu à l'autre.

 

Mais, quelle que soit la définition retenue, le paysage n'existe que lorsqu'il est regardé. Il contient à la fois l'histoire et le présent, la diversité et la richesse des points de vues tout en étant en évolution permanente.

L'analyse subjective le qualifiera en fonction de valeurs esthétiques, identitaires, fonctionnelles qui appartiennent toutes à l'observateur.

 

Lire le Paysage pour mieux le comprendre


Si le paysage est un tout, il est aussi l'assemblage d'éléments nombreux et de différentes natures.

La lecture du paysage commence par inventorier les éléments constitutifs.

 

 

 

A travers le double prisme de notre

SENSIBILITE et de notre RATIONALITE,

nous  classons les éléments

de perception, d'observation, d'interprétation, de questionnement

 

 

 

SURFACES – ZONAGE

 

 

RENCONTRES PONCTUELLES

 

Relief

Hydrographie

 

 

Occupation végétale du sol

 

Habitat

et

zones construites

 

 

Plantes

 

Animaux

 

Hommes

 

Lignes

Surfaces

Eléments

- eau

- roche

- nuage

- ciel

Pentes

Expositions

 

Culture

Forêts

Parcelles

Friches

Haies

 

 

- Répartition

- Matériaux

- Voies de comunication

- Monuments et signes historiques

 

Spontanées

Cultivées

Répartition

Rares

Significatives

 

Sauvages

Domestiques

Habitats

Indices

Traces

 

Actifs, non actifs,

Ages

Agriculteurs

Commerçants

Artisans

Touristes

Etc…

 

Ces éléments sont organisés les uns par rapport aux autres et confèrent au paysage une structure.

L'observation, et plus précisément l'analyse de la structure et de ses éléments paysagers, permettra d'identifier les indices de l'histoire du paysage considéré et ainsi esquisser des pistes d'actions.

 

Ainsi, les talus qui soulignent certaines prairies de Saint-Genest-malifaux, nous apprennent que ces parcelles ont longtemps été labourés (les talus correspondent à l'accumulation du sol érodé année après année).

Ailleurs, dans le Piemont rhodanien, les murets qui subsistent dans d'actuelles forêts témoignent d'anciens usages agricoles.

Les facteurs à l'œuvre dans cette organisation et évolution paysagère sont extrêmement  variés.

Si les sommets tels que Crêt de la Perdrix, Jasserie, Chaussître sont encore dénudés, ce n'est pas que les arbres ne peuvent y pousser. Tous ces sites en étaient vraisemblablement recouverts dans des temps très anciens. Mais ces espaces ont aussi, depuis plusieurs siècles, constitué d'importants pâturages communs laissant peu de place aux forêts.

On le voit, de nombreux facteurs sont à l'œuvre dans la constitution et l'évolution des paysages. Facteurs écologiques certes, puisque le climat, les types de sols et de roches limitent et conditionnent la répartition de la faune et la flore. Parce que le relief est également un élément majeur dans la perception du paysage.

 

Mais à cela s'y mêlent, de façon intime, des facteurs économiques, sociaux, culturels. Ainsi, les alignements d'arbres les long des rues ou des routes ont pour ambition de produire un effet visuel.

 

 

Du paysage produit au paysage projet


Le regain d'intérêt qui s'observe sur le paysage traduit un changement dans la perception du paysage, il n'est plus seulement la résultante des activités humaines sur l'espace pour lequel nous acceptons de rester passif aux évolutions. Les paysages transportent avec eux ces valeurs évoquées plus haut. Vouloir conserver la valeur historique, esthétique ou identitaire du paysage, c'est faire de celui-ci un enjeu et décider de son devenir.

 

Ainsi, ces paysages de pelouses ou de landes dénudées sur les crêts du Pilat sont aujourd'hui tellement inscrits dans la mémoire collective locale qu'ils caractérisent et concourent à l'identité du massif.

Autour de ses sommets, le Pilat possède encore de nombreux paysages bien préservés : paysages de forêts sombres et vastes prairies, paysages de terrasses de la façade rhodanienne, paysages tourmentés du Jarez ou des vallées de l'Argental ou du Riotet. Il est frappant de voir à quel point ces unités ou ambiances paysagères se calquent sur les grandes zones naturelles du massif, tout autant que sur ses zones architecturales.

 

Pour le Pilat, espace rural densément peuplé et largement ouvert sur l'extérieur, l'enjeu paysager est triple.

L’enjeu est social : parce que le paysage nous entoure au quotidien, qu’on le voit depuis notre fenêtre, en se déplaçant, en se promenant sur les chemins ou tout simplement depuis chez soi.

Le projet de paysage est la garantie de voir maintenir un cadre de vie enviable dans bien des cas.

L'enjeu est économique et environnemental: parce que le paysage  - nous l'avons vu – est le produit d'une activité. Conserver l'activité, c'est préserver les paysages. Les mesures agricoles environnementales illustrent cette préoccupation.

Ensuite, parce que de nombreux touristes fréquentent le massif, le paysage doit faire l'objet d'une valorisation touristique.

 

Lorsque les activités "productrices" de paysage n'ont pas pu se maintenir, il est, dans certains cas, nécessaire de leur substituer une nouvelle action.

Le projet paysager des Trois Dents par exemple, visant à rétablir le milieu "ouvert", a conduit le Parc à intervenir mécaniquement pour éliminer la végétation qui recouvrait le lieu.

 

Quelques liens pour aller plus loin :

Lien vers la Loi Paysage de 1993

Lien vers la Convention européenne du Paysage, ou Convention de Florence de 2000

Lien vers le Code de l'environnement et le rôle des Parcs naturels régionaux dans la protection et la valorisation des paysages.

 


 Retour à la rubrique "patrimoine paysager"